Lettre 27 – Sabrina Asselin


  • Facebook    Instagram

    • Facebook    Instagram

    Chère Nana, 

    Je t’écris au présent pour accepter mon passé. Je ressens un vide dans mon ventre quand je pense à toi, toi qui n’es plus moi ou plutôt moi qui ne suis plus toi. Le masque ne tient plus, le miroir ne reflète plus tes traits dissimulés sous les miens. J’ai changé. J’ai vieilli. Je vieillis. 

    Chaque jour, je m’éloigne un peu plus de ta douceur, de ta naïveté, de ton bonheur. Le mien n’est plus animé par ton rire d’enfant, celui que tu donnais si facilement. Tu me manques. Chaque événement devenait une aventure et chaque étranger un ami potentiel. Mais les choses ont changé. Je ne ris plus autant et les regards étrangers me font plus peur que sourire. Tes rêves sont mes regrets et ton présent mes souvenirs. Tu me manques tellement. 

    Quand mes yeux rencontrent les tiens, je dois me détourner. Je sais que je ne peux plus te retrouver. Ça fait mal de devoir oublier une partie de soi, de l’enterrer plus profond encore. Tu savais qui tu voulais devenir alors que je cherche encore qui je suis. Je ne suis ni médecin, ni mannequin, ni autrice. Je suis une enfant devenue adulte malgré elle. C’est à moi de te rassurer, mais je t’implore de le faire. J’ai peur de vieillir, alors je m’accroche à toi. Je donnerais tout pour que tu me dises, avec ta petite voix, que ça va bien aller. 

    Je suis immobile depuis que je t’ai quittée. Mais je ne t’ai pas vraiment quittée, je ne suis pas partie puisqu’on m’a arraché de toi. On m’a désencastrée de ton corps quand on m’a dit de grandir un peu, quand on m’a dit que pleurer c’était pour les bébés, quand on m’a dit de m’épiler, quand on m’a montré des choses que je ne voulais pas voir, quand on m’a regardé comme une femme. J’ai essayé de ne pas m’éloigner, je te chercherais tout le temps, je pensais pouvoir te retrouver, mais je sais maintenant que c’est impossible. Mon corps crie ce que ma tête essaie de taire, l’illusion de t’avoir encore avec moi ne dupe personne. Je change, je vieillis. 

    Tu ne me connais pas, pourtant tes souvenirs me font autant de bien que de mal. 

    Je t’écris pour enfin m’accepter sans toi. 

    Merci pour toutes ces années. 

    Nana