Archives - Poste restante 2003

Eastman, le 24 août 2003

Bonjour,

Je ne suis pas poète ni écrivain, juste un homme heureux. Un homme qui a peur d’écrire des choses. Pourquoi a-t-on peur à 61 ans de dire de belles choses à notre amoureuse ? Je me laisse aller par la douceur du vent d’aujourd’hui et la beauté des fleurs qui m’entourent. Un silence m’habite et je regarde le ciel bleu. Une journée pour méditer, pour lui dire que je l’aime. Pour lui dire que je veux terminer ma vie avec elle. Elle est assise à mes côtés, mais je garde le silence. Pourquoi ?


Jean Ducharme
Orford, Québec





Eastman, le 24 août 2003


Cher papa,

C’est probablement ma dernière lettre de la journée. Je panique un peu à l’idée que mes lettres à ton intention seront lues par des étrangers. Malgré cette petite inquiétude, je me sens libéré. C’est pas bien compliqué, ces lettres. Après les premiers émois, c’est comme une conversation. Comme, de toute façon, je ne pourrais pas m’adresser à toi directement, coucher sur papier ma conversation avec toi termine le moment que je passe à essayer de mettre en mots ce que j’ai l’impression de vivre à chaque fois que je pense à toi.

Mais je m’aperçois que mettre des mots sur papier ne reflète pas vraiment la relation que je sens entre moi et toi. On dirait que tout déboule au lieu de surgir doucement. J’écris rapidement, goulûment, alors qu’au fond, je voudrais entrer dans le cœur de mon être et exprimer ce que je ressens de vraiment important.

Mais je me rends compte que le papa dans mon cœur, il n’est plus là aujourd’hui. C’est mon enfant d’hier qui parle au papa d’hier. Alors que moi, je suis bien vivant, bien dans le temps présent.

Alors je te laisse et je vais vivre un peu.

Ton fils,

René





Eastman, le 23 août 2003


Mon fils très cher,

Tu m’appelles maman; je l’appelle mon fils. Alors qu’il n’en est rien. Qu’il n’en sera jamais. Nous le savons tous les deux puisque c’est un jeu entre nous.

Tu es entré dans ma vie un matin d’hiver pour n’en plus jamais ressortir. Un pan de lumière. Un soleil rieur dans tes yeux en amande. Avec, au fond, un voile de tristesse, le souvenir de ta mère laissée au loin à Ho Chi Min ville.

Quand la Terrible Bête s’est imposée, s’emparant de ton corps, te laissant sans force au milieu de ta vie désertée, il t’a bien fallu d’autres bras et c’est dans les miens que tu as fini par échouer.

Tu étais là, cher Quang, et je ne pouvais rien faire d’autre que de te bercer. Et tu pleurais. Et tu riais. Et je pleurais en t’entendant pour la première fois m’appeler maman. Et m’annoncer que tu allais mourir.

Puis il y eut Bouddha. Un mystère pour nous tous. Pour la médecine surtout. C’est arrivé un jour de mai. Je m’en souviens très bien, car c’était mon anniversaire ce jour-là. Toi, recroquevillé au milieu de tes draps; moi, espérant avec force l’arrivée de ta chère maman venue de là-bas.

Soudain, il y eut ce miracle. Elle était là. Elle aussi un pan de lumière et un voile de tristesse dans ses yeux tout petits. Tu n’en demandais pas davantage. Sauf peut-être de retourner au pays.

Nous étions deux mères. Ce n’était pas de trop pour te sortir des griffes de la Bête. Et ce n’est jamais de trop pour reprendre en main chaque minute qui t‘est accordée par la Vie.

Je t’embrasse cher fils

Ta maman-du-Québec

Pierrette Deneault
Sherbrooke





Jardin d’ombre et d’eau, le 24 août 2003

Madame Portal,

Je vous choisis comme récipiendaire de mon petit billet car vous êtes la muse de cet événement. Je dirais même la DIVINE MUSE.

Je veux vous remercier pour cette initiative. Ces temps-ci, ma rivière intérieure est stagnante, voire presque morte. Par hasard, ai trouvé dans un bistro à Sherbrooke, un billet promotionnel des Correspondances d’Eastman. Une petite étincelle s’est manifestée faisant ondoyer la surface de ma rivière. J’ai écrit – les ondes ont su provoquer des vagues par l’assemblage sincère et spontané de mots. La lumière et le divin m’ont titillé l’âme. Je suis secoué intérieurement. Il me reste à gérer la suite.

Merci à vous pour votre source d’inspiration et merci à ceux qui de près ou de loin ont contribué à cet événement unique. Que la simplicité demeure au rendez-vous. Longue vie à cette activité rafraîchissante et si bonne pour l’âme.

M. S.





Lettre à Madame de Sévigny
Des personnages qui ont marqué la littérature ont aussi fait l'objet d'une missive inscrite à la Poste restante.
ph_lettre_petit.jpg