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Album photo Programme Poste restante Concours des écoliers
Cette année,
127 visiteurs ont participé au concours de la Poste restante. Lors de
la cérémonie clôturant l’événement, Louise Portal a fait une lecture
chargée d’émotion des six lettres primées. Le jury du concours 2005
était présidé par l’écrivaine sherbrookoise Nathalie Watteyne et
composé de l’équipe de rédaction de la revue Jet d’encre.
Notons
que nous recevons maintes missives fort intéressantes, tant par leurs
propos, leur originalité que par leur qualité littéraire, et que le
choix est toujours difficile. Pour cette raison, une fois l'événement
terminé et après relecture, le comité organisateur des Corresponances a
décidé d'attribuer des mentions spéciales à quelques participants, soit
à Raymond Fredette, Serge Lepage, Alvina Lévesque, Linda Roy,
Marie-Josée Roy et Jacques O. Rivest.
1er prix - Myrlande Séraphin
Car, sachant que la vie est un songe risible,
Le sage met sa force à le rendre paisible.
Salut Grande Dame !
Je rêve qu’un jour tu puisses répondre à la question suivante : comment
oses-tu accepter ce titre quand il te manque la qualité essentielle
pour être une Grande Dame ? La noblesse.
Tu n’as pas de noblesse, car tu n’as pas assez de tendresse dans ton
cœur pour accepter des gens qui ne te ressemblent pas; des gens qui
n’atteignent pas les niveaux de perfection que tu as fixés. Des gens,
comme moi, qui sont différents de toi sur presque tous les points. Tu
ne veux tout simplement pas faire l’effort de les comprendre. Je rêve
qu’un jour tu cesses de nous regarder comme si nous venions d’une autre
planète !
Tu n’as pas de noblesse parce que « handicapé, déficience
intellectuelle, autisme, trisomie » sont des mots qui te font peur. Tu
en as peur parce que tu ne prends pas quelques instants pour apprendre
exactement ce que cela signifie.
Dans le fond, cela t’est égal. Tu aurais nettement préféré que je
n’existe pas. Ainsi, tu n’aurais pas à te préoccuper de moi !
Il faut que tu comprennes que je n’ai pas choisi d’être différent de
toi. Ce n’est pas ma faute si je n’ai pas eu les mêmes chances que toi !
Toi, tu as été privilégiée dès ta naissance. Mais c’est dommage que tu
n’utilises pas tes privilèges pour apprendre et grandir un peu !
C’est vrai que je parle trop. C’est vrai que je suis souvent impatient.
C’est vrai que je requiers beaucoup d’attention. C’est vrai que je suis
plus lent parfois. C’est vrai que je puis être très accaparant. C’est
vrai que parfois je fais des gaffes. C’est vrai que je ne m’exprime pas
toujours bien.
Je rêve au jour où, enfin, quelqu’un me comprendra !
C’est vrai qu’il m’arrive d’être très capricieux. C’est vrai aussi que
j’ai des difficultés d’apprentissage. Mais j’ai rêvé qu’un jour, la
société cesserait de me rejeter et de perdre patiente avec moi !
Si tu avais choisi de m’apprivoiser et d’apprendre à me connaître un
peu, tu aurais compris. Que malgré ma déficience, il m’arrive d’être
intelligent et que je ne suis pas hypocrite. Tu aurais surtout remarqué
combien mes amis et moi pratiquons l’entraide. Même si nous ne savons
pas ce que ce mot signifie ! Je rêve au jour où tu choisiras de
m’apprivoiser au lieu de me mépriser. Ce jour-là, tu apprendras que
j’ai une bonne dose d’amour pur et inconditionnel à donner. Que je peux
te faire rire… Peux aussi deviner ta peine… Peux même, te consoler !
N’aie pas peur de moi ! J’ai une déficience intellectuelle; mais je ne
suis pas fou… Ne suis pas dangereux. J’ai besoin de toi. Je veux
dépendre de ta présence !
Pourtant, ce que tu sembles oublier, c’est que, malgré nos différences,
nous ferons tous les deux le même grand voyage. En attendant ce grand
jour, puisque la vie est un songe risible, il serait sage d’unir nos
forces pour la rendre paisible pour toi et pour moi. Je rêve au jour où
la société m’acceptera !
Alors, salut Grande Dame.
Myrlande Séraphin
Montréal
2e prix - Marie-France Bertrand
À toi qui goûtes le temps, je t’écris du jardin de l’utopie,
Les verges d’or marquent la fin de l’été et pourtant le geai crie dans le ciel gris.
Goutte à goutte la pluie
Essuie l’ennui.
Ici la vie partouze !
Les grillons chantent les soleils brûlants.
Le vent entre dans la nuit.
Une nuit torride
un hamac ficelé
au rivage de l’étang
Normal je cherche le silence
tout comme
aux heures de l’enfance
en quête du plus loin
toujours inaccessible
Car les routes finissent toujours
par changer de cap.
Le plus loin, jamais assez loin
les yeux écarquillés dans la nuit
seule la lune montre son phare.
Le plus loin n’existe pas au fond
de l’enfance
tout comme le silence
n’existe
pas
aujourd’hui
Je cherche
J’attends
Je me rends…
Je couche
le bruit
sur papier
Des lignes résonnent
les mots de ma tête
Les mots bruissent
et s’estompent
en acouphènes
et laissent au vent
le dernier chant.
Marie-France Bertrand
Montréal
3e prix - Marie-Claude Poulin
Petite Rose,
Depuis une semaine, tu t’impatientes, tu regardes en avant.
« Combien de dodos, maman, avant la maternelle ? »
Tu t’exerces à écrire ton nom : de grosses majuscules dansantes,
quelques-unes à l’envers, inversées, que tu réunis entre elles d’un
trait incertain. « Maman, j’écris en lettres attachées. »
C’est sérieux.
De quoi se rempliront les pages de ta vie ? Quel sens donneras-tu à
cette grande marche à l’infini ? Pour le moment, je souris à tes
explications du quotidien : « Maman, je suis allée chez Donald parce
que le chat a vomi ».
Les événements n’ont en apparence aucun lien, mais qui suis-je pour rêver le monde à ta place.
Il fallait peut-être annoncer la nouvelle ou soigner le chat.
Bientôt, je vois pourtant déjà venir le moment où nous ouvrirons
ensemble tes cahiers sur la table de la cuisine. Il faudra bien alors
une explication pour tes craintes, tes doutes et tes questions.
Orthographe, mathématiques, science morale… J’appréhende les années.
Entre mes aspirations de te voir devenir ce que tu deviendras, il
faudra bien construire un pont ! Des ponts, peut-être, et des chemins,
et des rails.
À ton arrivée, petite Rose, je t’ai fait la promesse de te faire voir
le monde. Je réalise que ce voyage tient chaque jour sur 24 heures, que
chaque minute est un voyage.
Des jours, je doute de ne jamais aller plus loin que Rivière-du-Loup, tellement tu trouves la route longue.
Mais au bord de la mer quand s’élève ton cerf-volant, je m’envole avec toi, petite Rose de mon cœur.
XX
Marie-Claude Poulin
Sherbrooke
4e prix - Micheline Cloutier
Car sachant que la vie est un songe risible,
le sage met sa force à la rendre paisible.
4 hrs du matin. Le trou dans mon cœur me réveille à nouveau. Pas
nouveau. Je m’apprête à te dire Adieu ma fille pour moins souffrir, si
possible. Retrouver un peu de vie paisible.
Tu attends un bébé, une petite fille, si j’ai bien compris les autres.
Ceux et celles qui ont accès à toi. Car à moi, tu n’as rien dit. Tu ne
dis plus rien depuis presque 5 ans, et tu interdis aux autres de me
dire où tu vis. Tu vas accoucher et je n’ai pas le droit de participer
à ce bonheur. Je ne verrai pas le petit visage fripé de la chair de ma
chair. Cela fait presque 5 ans maintenant que je paie… que je paie pour
ton père et tous ceux qui t’ont passé sur le corps, vidée, abusée,
abandonnée. Je paie pour ne pas t’avoir protégée de ces êtres
indescriptiblement vils et sans âme. J’ai été longtemps à me demander
quand ces choses horribles ont pu se passer. Lui, n’était jamais là. Et
j’étais toujours – ou presque – avec toi. J’ai fait un lien au bout de
quatre ans : il dormait peu la nuit, lisait et travaillait ses cours
parce qu’il enseignait le travail social à l’université… Ill faisait
partie du PCCML, et selon toi ce sont ces hommes qui ont détruit ton
enfance… des pédophiles sous le couvert d’un parti luttant pour
l’égalité des moins nantis… c’est risible ! Infiniment triste, surtout !
Tu m’accuses de ne pas t’avoir protégée. Tu as raison je ne t’ai pas
protégée… Des reproches ? J’ai passé des nuits à m’en faire. Quand ?
Où ? Avec qui ?!! Je ne m’expliquais pas.
J’ai réussi de peine et de misère à me sortir du gouffre sans fin des
reproches. Puis je n’ai plus eu le choix. Me sortir de là, où c’était
la dépression, le suicide. J’ai choisi la vie, malgré tout. J’ai choisi
d’en parler aussi pour briser la honte, celle de ne pas avoir vu et de
ne pas t’avoir protégée.
J’étais à cette époque une jeune femme naïve qui faisait confiance à la
vie. Issue d’une culture où les enfants sont des rois et des reines,
jamais je n’aurais pu imaginer qu’une telle chose puisse se produire.
Je ne portais donc pas attention, je n’avais aucune méfiance ! J’étais
une femme qui croyait en la bonté, en l’humain. Depuis, j’ai perdu
cette confiance.
Mais ça,c’est une autre histoire.
On dit que les mères sont parfois complices des abus sexuels dont leurs
enfants sont victimes. Ce n’est pas mon cas. Si seulement tu avais pu
m’ouvrir une petite porte… mais j’imagine que dans sa démence il
t’interdisait de me parler et te menaçait. Si j’avais su, je te jure je
l’aurais tué de mes propres mains. Après l’avoir émasculé… Mais, hélas,
il est mort. J’espère qu’il brûle bien solidement en enfer. Où qu’il se
réincarne, il subira à son tour ce qu’il t’a fait vivre.
Mais tout cela est fini !
Je paie pour lui, d’accord ! Aujourd’hui, ma fille, je te dis ADIEU car
je sais que tu m’as complètement reniée, mise de côté. Parce que ça
fait trop mal de continuer à espérer. De continuer à attendre que tu
daignes me reconsidérer dans ta vie. Je te quitte pour de bon. Je
n’attends plus rien de toi. Je n’ai plus d’espoir, ni de honte. Je pars
symboliquement parce que je ne suis plus là depuis longtemps. Pourtant,
je m’étais accrochée à l’espoir que ta grossesse et la venue du bébé
changeraient peut-être ta vision du monde… Il semble bien que non,
hélas ! Alors à compter d’aujourd’hui, je n’ai plus de fille, ce qui
fait que je n’ai pas de petite-fille et qu’ainsi je ne souffrirai plus
de ne pas la voir.
Bonne route ! J’espère que ta petite ne sera pas imprégnée de la colère qui t’habite de l’intérieur.
Ta maman qui ne cessera jamais de t’aimer.
Micheline Cloutier
St-Jérôme
5e prix - Caroline Tremblay
Chère maman,
Après tant de soucis et de détresse, me voilà. Je sais
qu’indirectement, je t’en ai fait subir aussi. Je t’ai déçue, je t’ai
fait pleurer, je t’ai fait briser les rêves que tu avais pour moi. Je
suis désolée de la séance chez le psy que tu as dû payer à cause de
moi. Mais maintenant, par cette lettre, je veux t’annoncer que ma sale
période fait dorénavant chose du passé.
Après un dur épisode, perclus de songes douteux, de stress, de rêves
incompréhensibles, de rebondissements plus négatifs les uns des autres…
voici la nouvelle moi !
Regarde maman ! Imagine-moi !
Moi qui ai les orteils qui se font chatouiller dans le gazon frais. Moi
qui souris (enfin, tu dois te dire) à la ruée de suisses qui se
chamaillent pour une cocotte de pin. Qui danse avec les hauts
tournesols et chante avec les oiseaux. Il pleut présentement, mais je
peux sentir la douce odeur que dégagent les peupliers qui me
surplombent. L’air est si pur ici. Tout est d’une pureté si… si verte
avec les arbres autour de moi. Il y a plein de fleurs, de couleurs et
ça me rend paisible, sereine. Il n’y a pas un bruit d’autoroute ou
d’ambulance pressée à un carrefour. Seulement la tranquillité, la
douceur… et moi.
Tu m’as dit souvent que la vie est un songe risible (où as-tu pris
cette citation-là, d’ailleurs ?) et de faire confiance en l’avenir.
Quel temps va arranger les choses ? Je ne te croyais pas, mais
aujourd’hui, force est de constater que tu avais raison. Par cette
lettre, je voudrais te remercier à l’infini. Tu m’as fait cheminer à
travers tous les tracas que j’ai eus, même si ta présence physique
était à exactement 464 km de moi.
Maintenant, tu peux aller te coucher et rêver mieux; ta fille va merveilleusement bien.
Je t’aime gros comme le ciel, petite maman. J’arrive bientôt.
Caro
Caroline Tremblay
Blainville
6e prix - Marie-Pier Breton
À Godot,
Souvent, quand les gens sont rendus vieux et qu’ils le constatent, ils
disent : « Ah, je n’ai plus vingt ans, vous savez », eh bien, j’ai
vingt ans et je ressens une certaine pression. Je dois être capable de
tout faire, ce qui est complètement ridicule. J’ai l’impression que
chaque geste que je me pose me servira à dire plus tard : « Ah, quand
j’avais vingt ans ! » Le plus ridicule, c’est que la plupart du temps,
j’ai l’impression de ne rien faire. Je ne fais qu’attendre. J’attends.
J’attends, au pied de la montagne, bordée, contre le lac, j’attends. Si
je le voulais, je pourrais aller là où tout le monde va. L’autre côté
de la montagne, loin. Là où un grand radar de lumière sonde la ville
quand il fait noir. Comme si, coincée parmi les gens, parmi les autos
sur le pont, il est plus facile de bouger. Alors qu’ici, il n’y a que
de l’espace. De l’espace à remplir. Et j’attends, dans le vide. À vingt
ans, n’est-ce pas le temps de rêver ? Avec la guerre, les forêts qui se
font couper et les dettes d’études que j’ai accumulées, il ne me reste
que très peu pour rêver. Si ce n’est de relater l’absurdité de
l’existence dans une lettre que je t’envoie, à toi, Godot.
J’attends ta réponse.
Marie-Pier Breton
Magog
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