Vos rencontres inespérées

Vos rencontres inespérées

8 février 2010

Une rencontre vous a marqué pour la vie? A forgé votre identité? Vous a ouvert les yeux ou le cœur sur un univers inattendu? On imagine facilement que l’adolescence est une période traversée par ce type de rencontres déterminantes: un premier amour, une enseignante ou un enseignant inspirant, les amitiés naissantes, des idoles pris en affection… Qu’en est-il des autres étapes de nos vies?

La programmation des Correspondances d’Eastman 2010 est axée autour de ce type de rencontres «inespérées» ou «inattendues». Le regard des écrivains invités servira de prétexte à mieux saisir la dynamique qui unit les humains dans une même quête d’identité. Il va sans dire que les écrivains et leurs œuvres seront à l’honneur, tant il est vrai que plusieurs lecteurs vont jusqu’à déclarer comme marquante leur rencontre avec l’auteur ou avec un personnage de roman.

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Dans Lettre à Jimmy, Alain Mabanckou rend hommage à l’écrivain noir américain James Baldwin et relate une des rencontres marquantes du jeune Baldwin: une jeune institutrice blanche du nom de Orilla Miller.

De l’adolescence tourmentée à Harlem, en passant par la découverte de la vie rêvée dans la faune de Greenwich Village, au gré de ses pérégrinations en France où il retrouve son idole Richard Wright, le récit de Mabanckou fascine en ce sens qu’il collige une vingtaine d’articles en lien avec les espoirs de Baldwin qui prennent racine dans cette affirmation: «Je veux être un honnête homme et un bon écrivain.»

Selon le biographe David Leeming, cette rencontre forcera Baldwin à corriger sa vision du monde des Blancs. Mabanckou explique que «cette vision sera désormais fondée sur l’individu pris dans sa singularité et non sur l’accusation systématique de tout un groupe.»

Voici un extrait qui rend compte de l’importance de cette rencontre pour Baldwin:

«C’est Orilla Miller qui mettra en scène sa première pièce de théâtre. C’est elle qui subira les foudres de ton père lorsqu’elle voudra t’emmener au théâtre. Mais son opiniâtreté aura raison de David Baldwin. Après cette première victoire, elle ne s’arrêtera pas là. Vous visitez les musées, allez au cinéma, partagez votre passion pour Charles Dickens. Orilla Miller devient un peu un membre de ta famille et tu es accueilli dans la sienne où tu discutes du contexte politique avec son mari, Evan Winfield, ce qui t’ouvre encore d’autres horizons dans ta compréhension de la société américaine. Tu confieras plus tard que tu te rendis compte que les Blancs ne se comportaient pas comme ils se comportaient parce qu’ils étaient Blancs, mais pour d’autres raisons.»

Alain Mabanckou. Lettre à Jimmy. Collection Points. ISBN 978.2.7578.0762.0