| Cette terre qui nous manque, c'est le pire...» Françoise Sagan |
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Habituée au tangage et aux agitations de son âme, Françoise Sagan imagine ici l'horreur d'un tremblement de terre. Au cœur de cette nouvelle : l'indignation et la colère. En filigrane, le sentiment de la nature que Sagan décrit comme étant le plus pur parce qu'il «passe avant tout par les sens».
(...) «C'est que rien ne peut être pire, apparemment, pour ceux qui ont
aussi connu l'horreur d'une terre qui brûle ou d'une terre qui se noie,
rien n'est plus effrayant qu'une terre qui se dérobe et s'ouvre. À
travers les flammes, à travers les flots, on peur chercher et trouver,
de la main ou du pied, du corps, un coin de terre, un abri. Mais notre
propre terre qui est la nôtre, cette ultime ressource cette terre où
nous sommes nés, dont nous sommes faits, et dans laquelle on nous
enfouira une fois morts, cette terre qui nous manque, c'est le pire.
Cette terre que l'on dit plate, creuse, enflammée de l'intérieur,
immergée, cette terre née de Dieu et d'un Bang, d'une volonté ou d'un
hasard, cette terre où nous sommes adaptés ou qui s'est adaptée à nous,
où nous arrivons blancs ou noirs, jaunes ou rouges, handicapés ou
musiciens, cette terre où nos aïeux furent des poissons ou des singes,
où nos cellules sont toutes distinguées ou distinguables, cette terre
qui fut péniblement si abîmée, et si bien construite aussi, par les
hommes, cette terre où nous naissons, cette terre dont ne ne savons
rien et tout, peu et beaucoup, et dont le rôle est toujours généreux et
redoutable, cette terre que les géologues vénèrent et que les pêcheurs
à la ligne adorent, où les prophètes et les paysans se succèdent, cette
terre que certains de nous ont découverte morceaux par morceaux et dont
toute une partie, en tout cas l'Australie, nous échappe, cette terre
dont trois minuscules parcelles, l'Angleterre, la France et l'Espagne,
dirigèrent les étendues immenses pendant des siècles, cette terre
extravagante où nous sommes si nombreux et si seuls, cette terre dont
nous ne savons rien finalement, sinon que nous y finirons enfouis, que
nous n'y sommes que de passage, que nous y avons été poussière, nés de
poussière et que nous y retournerons poussière - comme le disent les
livres les plus anciens - «dust to dust»...
ce superbe tas de poussière, sous cette nature si verte, sous ce ciel
si bleu dans l'éclat du soleil... Cette terre qui a été à nous si
longtemps, qui l'est encore... pour combien de temps ?... Je l'ignore.
Mais le cri des oiseaux était-il aussi effrayé, il y a mille ans, quand
le jour faisait place à la nuit.»
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